Déclaration de Martine Aubry à l’issue du… par PartiSocialiste
Ces dernières semaines, SEVRAN a passé un nouveau cap dans l’aggravation de la violence. Cette fois-ci, il s’agit de violence entre le quartier des Beaudottes et celui de Montceleux. Des réseaux mafieux se livrent bataille pour l’exploitation d’un hall d’immeuble, lieu de vente de stupéfiant. Le comble est que ces affrontements n’ont pas lieu entre les trafiquants et la police mais entre les dealers eux-mêmes. Les trafiquants semblent plus préoccupés par la concurrence que par les investigations à leur encontre. Tout est lié néanmoins. Il est clair que les nombreuses interventions de la police diminuent le chiffre d’affaire des trafiquants lesquels se font la guerre pour augmenter le périmètre de leur influence et compenser les pertes financières.
La presse s’est largement faite l’écho des coups de feu et de la suppression choquante des récréations par l’école Montaigne. L’opinion publique s’était habituée à beaucoup de chose mais pas à ce que des enfants soient pris en otage. Le ministre de l’intérieur est venu à deux reprises dans la commune. Il a déclaré que Sevran était devenu un “symbole” et qu’il souhaitait que la ville soit demain le “symbole de la reconquête”. Dans ce contexte, l’envoi de CRS 24h/24 sur les 4 adresses concernées par les coups de feu récents a été accueilli avec soulagement par la population comme par les élus de la commune.
Il y a toutefois quelque chose de choquant à les voir. Est-il sain dans une république que dans le hall de votre immeuble campe 24h/24, 7j/7 un CRS à côté de vos boites à lettres ? Car c’est de cela dont il s’agit, deux hommes, armes à la main, gardent l’entrée des immeubles. Plus grand chose ne choque les habitants et on les comprend quand on sait qu’il y a peu les trafiquants arboraient ostensiblement leurs armes à la place des CRS. L’atmosphère reste tout de même irrespirable.
On peut d’autant plus douter de la doctrine d’emploi imposée aux policiers que sitôt les CRS déployés, les trafics se sont reportés sur les adresses limitrophes et cela devient l’enfer pour les habitants des immeubles concernés. Les journalistes venus nombreux contempler les halls vides n’auraient eu que quelques mètres à faire pour voir ceux qui sont à nouveau occupés quotidiennement.
Les caméras, les photos ont tout montré de ces 4 halls vides. Néanmoins pendant ce temps là le commerce de cannabis prospère dans les autres quartiers y compris désormais dans le centre ville. Avant l’intervention policière massive de ces derniers jours, la ville et les bailleurs sociaux comptabilisaient 27 halls tenus par des dealers dans les différents quartiers de la ville. Ce sont les mêmes halls depuis des années et ce n’est malheureusement pas le préfet Lambert et sa méthode d’intervention systématique dans les halls qui y ont changé quelque chose depuis son arrivé il y a un an.
En tant qu’élu local, evidemment je me réjouis de la présence policière massive. En tant que citoyen, je constate forcement que Sevran sert de vitrine à une politique à bout de souffle. Le débat sur le traitement des problèmes de sécurité mérite mieux qu’un alibi. Si Sevran est un symbole, c’est avant tout celui de l’injustice sociale et géographique et celui de l’impasse sécuritaire de Sarkozy.
Voilà quelques semaines, Stéphane Gatignon, maire EELV de Sevran demandait l’envoi de l’armée à Sevran. En fait, pour être exact, il a demandé l’envoi de casques bleus pour s’interposer entre les belligérants. Les casques bleus auraient tout aussi bien pu être des CRS mais la presse a repris l’idée de l’armée et rapidement Stéphane Gatignon s’est vu dépassé par le déferlement médiatique qu’il a ensuite alimenté.
La mesure choque et illustre une cri de détresse. Parce qu’elle a été entendu, elle aura au moins été utile.
Evidemement que c’est une mauvaise idée. D’abord, dans une république l’armée sert à défendre le pays à l’extérieur pas à faire régner l’ordre à l’intérieur sauf à ce que nous soyons comme l’actualité récente l’a montré dans certains pays au bord de la guerre civile. Dans l’histoire de notre pays, lorsque l’armée qui ne dépend que du chef de l’état a eu le rôle de la police, notre pays a connu des heures sombres. Ensuite, l’armée n’est pas du tout formée pour intervenir sur des problématiques de trafics de stupéfiant. Elle ne serait capable que de faire rempart un temps entre certains réseaux mafieux mais une politique de sécurité ne se résume pas à maintenir l’ordre mais à arrêter les contrevenants pour les emmener devant la justice.